Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce 1080 Bruxelles

Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce 1080 Bruxelles ★★★★½

Jeanne Dielman dure 200 minutes et est un film fascinant qui décompose et compartimente les diverses tâches et activités de Jeanne telles que mettre du café dans un thermos, faire bouillir des pommes de terre, faire briller les chaussures de son fils, faire son lit ou mettre l'argent de ses clients dans un grand plat couvert dans le salon. 

Chaque jour, les routines sont tournées et les procédures ont une importance extraordinaire. C’est surtout à cause de l’encadrement de la cuisine et du couloir par Akerman, un environnement presque claustrophobe, où nous, spectateurs, nous livrons aux activités de Jeanne. Nous sommes obligés de reconnaître à quel point la commande est exacte et strictement respectée dans l’emploi du temps de Jeanne. On remarque comment Akerman prend soin de présenter le jour où Jeanne a le temps de réfléchir un peu, contrairement aux jours précédents, et le film change de trajectoire. C'est la force irrésistible du film qui reste une des construction narrative les plus enchanteresses à ce jour.

Le scénario de cette étude inquiétante de la monotonie aliénée, de l'émotion réprimée et de la marginalisation sociale est d'une simplicité trompeuse. La veuve Jeanne Dielman consacre ses matins à faire des courses et à effectuer des tâches ménagères autour de sa maison bruxelloise méticuleusement entretenue. La caméra maintient une distance discrète tout en enregistrant ses activités avec une fascination sans faille et refuse de faire levier alors qu'elle dessert son interlocuteur quotidien.
Mais la routine de Jeanne ne se déroule pas aussi bien le deuxième jour et le troisième. Cependant, rien de tout cela ne nous prépare à la conclusion choquante, dans laquelle Jeanne poignarde sont client avec une paire de ciseaux pour le punir de l'avoir amenée à l'orgasme.
Le film contient peu de dialogue et aucune justification narrative. Pourtant, les sons de la domesticité fournissent une bande-son inquiétante de l'ennui et du détachement. 

Ce film est le portrait d’une femme et, par extension, de toutes les femmes sous une forme ou une autre, dépouillée jusqu’à l’essentiel et révélant une sorte d’audace à peine visible ailleurs. Jeanne Dielman n’est pas un film dont on devrait s’attendre à être aimé par les masses, et il y en a beaucoup qui rejetteraient ses caractéristiques uniques comme de simples gadgets. Cependant, créer quelque chose de vraiment original implique de faire exactement cela, et bravo à Akerman pour avoir réussi une tentative audacieuse qui comporte de nombreuses chances d'échec, et par ailleurs, d’avoir réaliser l’un des plus grands films de tout les temps.

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